En bref
- • La période d'adaptation permet à l'enfant et à l'assistante maternelle de faire connaissance progressivement
- • Elle n'est pas obligatoire mais fortement recommandée, 30 jours calendaires au maximum à compter du premier jour de travail effectif
- • Elle doit être prévue dans le contrat de travail, qui en fixe la durée et les horaires
- • La période d'adaptation est comprise dans l'éventuelle période d'essai prévue au contrat (article 94 de la CCN 3239)
- • Votre salaire est mensualisé dès le premier jour. Les heures d'accueil non effectuées sont retenues avec la méthode de la Cour de cassation, pas payées au réel
Vous êtes assistante maternelle depuis peu et vous allez bientôt accueillir un nouvel enfant. Comme en crèche ou dans toute autre structure d'accueil, une période d'adaptation est idéale autant pour l'enfant que pour vous. La convention collective ne l'impose pas, mais si vous en prévoyez une, elle doit figurer dans votre contrat de travail .
La période d'adaptation : à quoi ça sert ?
C'est la période qui permet à l'enfant et à la nounou de « s'apprivoiser », de faire connaissance. Vous allez au cours de cette période accueillir l'enfant moins longtemps que lors de l'accueil habituel. L'accueil se fait de façon progressive : de quelques heures au début à une journée entière à la fin.
Cas concret : vous allez garder un enfant 8 heures par jour, à raison de 5 jours par semaine. Pour la période d'adaptation, vous pouvez l'accueillir 2 heures le premier jour, puis 4 heures le deuxième jour, et ainsi de suite. Vous pouvez aussi prévoir de l'accueillir avec ses parents les premiers jours, puis progressivement tout seul, introduire un repas le 2e ou 3e jour, puis la sieste chez vous, etc.
Les modalités pourront d'ailleurs être ajustées au fur et à mesure pour s'adapter au rythme de l'enfant.
Si vous et les parents en prévoyez une, cela doit impérativement être indiqué dans le contrat de travail , qui en précise la durée et les horaires de travail en fonction des besoins de l'enfant.
Est-elle obligatoire ?
Non, elle n'est en aucun cas obligatoire. Mais elle est parfois très importante pour les parents qui, bien qu'ayant confiance en vous, sont souvent inquiets à l'idée de laisser leur enfant chez une quasi-inconnue, surtout si c'est leur premier né. On pourrait d'ailleurs dire que cette période sert autant à l'adaptation de l'enfant qu'à celle des parents. C'est aussi un cercle vertueux : plus l'enfant sentira que ses parents sont rassurés et confiants, plus il sera bien chez vous.
Sauf si les parents insistent pour ne pas avoir de période d'adaptation, il est donc conseillé pour vous comme pour eux et leur enfant de commencer l'accueil progressivement.
Combien de temps dure-t-elle ?
Elle débute le premier jour de travail effectif et dure 30 jours calendaires au plus (article 94 de la CCN 3239). Attention, ce sont bien des jours calendaires, pas des jours d'accueil : le décompte court sans interruption, y compris les jours où vous n'accueillez pas l'enfant. En pratique, une adaptation est le plus souvent limitée à une ou deux semaines.
Un déroulé sur 5 jours qui fonctionne
Il n'y a pas de règle, évidemment, il faut s'adapter aux besoins de chacun. Mais la plupart du temps, le planning sur 5 jours ci-dessous suffit largement à mettre tout le monde en confiance.
Jour 1, 1 heure chez nounou. Bébé vient avec Papa ou Maman. Pendant qu'il gazouille dans le transat ou découvre les jouets, les parents font les formalités administratives avec vous : signature du contrat de travail , du contrat d'accueil, etc. Profitez-en pour reparler de toutes les habitudes de l'enfant, sommeil, repas, et rentrez le plus possible dans les détails. Pour la sieste par exemple : couchez-vous bébé avec ou sans tétine ? avec ou sans musique ? dans le noir ou non ? porte ouverte ou fermée ? Rappelez aussi au parent ce qu'il doit mettre dans le sac, couches, chaussons, change. Si vous le sentez prêt, pourquoi ne pas lui proposer de vous laisser seule avec le bout de chou quelques minutes ?
Jour 2, 2 heures chez nounou. Discutez un peu avec le parent quand il arrive, évoquez la soirée de la veille, offrez éventuellement un café le temps que l'enfant se réapproprie votre environnement. Puis vient la première véritable séparation : demandez au parent de partir au moins 30 minutes, et qu'il explique bien la situation à bébé avant. Profitez de ce temps seule pour jouer, mais aussi pour faire un premier change. En constatant que tout s'est bien passé en son absence, le parent sera rassuré.
Jour 3, une demi-journée complète. Premier repas, première sieste et nouveaux copains. Bébé rencontre vraiment les autres enfants, prend un repas avec vous, se promène dans les environs et si possible se repose un peu dans sa nouvelle chambre. Cela vous permettra d'affiner vos observations.
Jour 4, 9 h - 15 h. La première véritable petite journée, avec un vrai temps de jeu, une vraie promenade, une vraie activité manuelle s'il a l'âge. Comme le parent récupère son enfant plus tôt que les autres, vous pourrez prendre le temps d'échanger longuement sur cette journée.
Jour 5, journée complète. Une « grande » journée chez vous, semblable à celles qui suivront. C'est l'occasion d'initier les rituels d'arrivée, on se dit bonjour, on met ses chaussons, puis les rituels de la journée, ce qu'on fait avant et après les repas, la promenade, la sieste. Ces habitudes rassurent le bout de chou.
collez une photo de bébé chez vous dans le carnet de liaison que vous remettez aux parents à la fin de cette semaine, et expliquez-leur qu'ils peuvent y coller à leur tour des photos des activités du week-end. Ce carnet devient un vrai lien entre la maison et chez vous.
Et si l'enfant pleure beaucoup ? C'est normal. Rassurez les parents en leur expliquant qu'il a besoin de temps, prévoyez des jouets attractifs et le doudou, ne brusquez pas la séparation. Allongez l'adaptation si nécessaire, dans la limite des 30 jours.
Comment s'articule la période d'adaptation avec ma période d'essai ?
La période d'adaptation est comprise dans l'éventuelle période d'essai prévue au contrat (article 94 de la CCN 3239).
Il n'est pas non plus obligatoire d'avoir prévu une période d'essai au contrat pour pouvoir faire une période d'adaptation.
Comment serez-vous rémunérée pendant cette période ?
Votre salaire est mensualisé dès le premier jour, exactement comme il le sera ensuite. La convention collective ne prévoit pas de rémunération « au réel » pendant l'adaptation : l'article 108-1 demande au particulier employeur de partir du salaire mensualisé, puis d'en déduire les heures de travail que vous n'avez pas effectuées, avec la méthode de la Cour de cassation reprise à l'article 111.
Voici le calcul exact :
Taux horaire du mois = salaire mensualisé / heures prévues dans le mois Retenue = heures d'accueil non effectuées x taux horaire du mois Salaire dû = salaire mensualisé - retenue
Prenons un exemple concret. Vous accueillez Léo 8 heures par jour, 5 jours par semaine, en année complète, au minimum applicable de 4,20 € brut de l'heure. Votre salaire mensualisé est de 40 x 52 / 12 = 173,33 heures par mois, soit 728,00 € brut. Votre contrat démarre le 1er septembre, et ce mois-là il prévoit 22 jours d'accueil, soit 176 heures. Pendant la semaine d'adaptation, Léo n'est venu que 14 heures au lieu de 40 : il manque 26 heures.
Le taux horaire de ce mois-là, c'est 728,00 / 176, soit 4,14 € arrondi. La retenue vaut 107,55 €, et vous percevez 620,45 € brut pour ce mois d'adaptation.
Ce n'est pas la même chose qu'un paiement au réel des heures faites. Le taux de la retenue se calcule sur les heures prévues du mois considéré, votre taux horaire de contrat n'intervient pas dans l'opération. Selon les mois, le résultat tombe un peu au-dessus ou un peu en dessous de ce qu'un paiement au réel aurait donné, et c'est exactement ce que la mensualisation vous garantit : un salaire régulier, plutôt qu'un salaire qui suit la présence de l'enfant.
si votre contrat démarre en cours de mois, la retenue se calcule de la même façon, en heures, y compris en année incomplète . L'article 108-1 vise expressément les heures de travail non effectuées pendant l'adaptation. Et les jours du mois qui précèdent votre embauche restent comptés dans les heures « qui auraient été travaillées », donc au dénominateur.
la rémunération commence dès le premier jour de la période d'adaptation, même si l'enfant n'est présent qu'une heure. Une adaptation gratuite, ou une adaptation payée en dessous du minimum applicable, cela n'existe pas.
Aurélie Bellêtre
Spécialiste du droit du travail des assistantes maternelles
Spécialiste du secteur petite enfance et du droit du travail des particuliers employeurs
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